16.03.2007

Erika, des cancers du poumon et du foie en vue pour les bénévoles? Total responsable?

medium_phot4.gif Le procès du naufrage de l'Erika a débuté à Paris lundi 12 février 2007. Aujourd'hui Total, affrêteur du navire annonce des bénéfices records, les bénévoles qui ont nettoyé les plages et les côtes craignent pour leur santé, l'économie bretonne aurait perdu 1 milliard d'euro...
pour bien comprendre je vous conseille cette émission: vidéo: Erika, mystères autour d'une cargaison

Des tests officiels apaisant malgré des symptômes inquiétants chez les bénévoles dès 1999
A la base du dilemme sur la toxicité, le centre anti-poison de Rennes qui réfute le caractère cancérogène de la cargaison de l'Erika. Or la fiche technique de sécurité de la cargaison (du Fioul lourd n°2) fournie à ce centre par Total Fina après le naufrage indiquait que la cargaison était bien "cancérogène". Mais le centre avait estimé que ces données, subjectives, ne "servaient à rien". Ils ne l'ont donc pas pris en compte.


Un autre labo, l'INERIS (un labo d'expertise des risques) confime trois mois après l'incident le caractère négligeable des effets sur l'homme. Pourtant, les témoins affluent: irritations, allergies, certains même disent être "tombés dans les pommes"... Bernard Tailliez s'arrache les cheveux: ce chimiste patron du laboratoire AnAlytikA avait donné un tout autre son de cloche au discours rassurant qui prévalait alors, prévenant massivement les bénévoles du danger dès le 15 décembre 1999.

Alors qu'est-ce qu'il y avait sur nos plages en 1999?
Si l'on prouve que la cargaison de l'Erika était illégale, on prouve la culpabilité directe de Total. Or Taillez, dès le début, avait des doutes sur le contenu de l'Erika, il penchait pour des DIS (Déchets Industriels Spéciaux) plutôt que du Fioul n°2. Il avait comparé un échantillon de fioul n°2 témoin, avec un échantillon récupéré à Groix peu de temps après le naufrage. Il avait découvert une différence significative: un surfactant dangereux que Total nie avoir eu dans la cargaison. Total avait alors lancé sa propre expertise, dont l'indépendance des experts avait été remise en cause, et pour laquelle les témoins n'étaient pas les bienvenus. Cette expertise avait bien entendu conclu à l'absence d'additifs dangereux mais l'expert en charge, M.Rosset, indique maintenant tout de même que "le produit peut être différent et peut contenir d'autres produits que ces analyses globales ne voient pas". D'après lui, le Fioul2 de Total serait en fait un mélange de fonds de distillation avec additifs, ne répondant donc plus à la définition du fioul lourd mais deviendrait un déchet. D'ailleurs les intermédiaires de Total indiquent que la cargaison n'aurait pas été du Fioul n°2 mais du ASTM6 ou Bunker C, donc un déchet invendable soit-disant car pauvre en hydrocarbure! L'Erika serait alors une sorte de Probo Koala? En fait, d'après le CEDRE, le déchet est difficile à caractériser, l'appellation Fioul n°2 étant un fourre-tout: l'industrie pétrolière disposerait là d'un visa pour transporter n'importe quoi, et la douane n'y pourrait rien!
Beaucoup de conditionnel. La question pour Total est de savoir si elle est responsable. Celle des bénévoles est surtout de connaître les risques pour leur santé. Or de nombreuses pressions avaient pesé (et pèsent encore) sur AnAlytikA et sur les avocats de l'Association des Bénévoles de l'Erika qui avaient récupéré un échantillon du pétrole dans les cuves du pétrolier ayant stocké le pétrole suite au pompage des cuves de l'Erika. Ces pressions empêchent la vérité d'éclater.

Un procès qui ne règlera rien
En 1999, Elf venait de poser un gros problème aux autorités françaises, notamment à cause d'un vaste réseau de financement des partis, des armes, des dictateurs, etc. (A ce sujet: les ouvrages de FX Vershave sont à relire alors qu'un sommet Françafrique se tient à Cannes cette semaine). Donc personne en haut lieu ne voulait ouvrir une nouvelle affaire sur le pétrole et le fleuron français: Total. Il ne faut donc pas que l'on sache ce qu'il y avait dans les cuves, car cela ferait encore un gros scandale. Donc on fait un procès limité à l'incident maritime, qui ne changera rien aux causes réelles, et on tappe sur les petits, dont AnAlytikA. Le patron de ce laboratoire, M.Tailliez, fait ce qu'il peut, il vient d'ailleurs de porter plainte cette semaine contre M. Le Drian pour diffamation (télécharger ici le dépôt de plainteCuers.pdf). Il évoque Jean-Yves Le Drian, rapporteur de cette commission (député PS, président de la Région Bretagne, maire de Lorient), (...) [allait] même jusqu' à qualifier de "charlatanisme" notre prise de position".

Depuis, Annie Pfohl-Leszkowicz, Toxicologue Toulousaine de l'ENSA (Ecole Nationale de Recherche Agronomique)a confirmé le bien-fondé des nombreuses mises en garde contre la toxicité et le caractère cancérigène des déchets de l'Erika qu'AnAlytikA avait émises sur son site et tranmises aux bénévoles le 15 décembre 1999. (voir le site ici). Mme Pfohl-Leszkowitz évoque la corrélation entre contact avec la cargaison de l'Erika et mutation génétique des cellules ou plus clairement cancers du poumon et du foie 10 à 20 ans après l'incident. Ces résultats étaient connus depuis 2004, année où mme Pfohl-Leskowitz rendait sa thèse demandée par l'Ifremer sur l'impact du fioul de l'Erika sur les organismes vivants.

Bref, le procès ne devrait pas aller au fond des choses (pour le suivre, allez sur le blog de l'avocat de WWF), pourtant, les citoyens souhaiteraient connaître les risques qu'ils courrent et la cause de tout cela, que l'on pourrait trouver dans la manière dont Total fait ses bénéfices: spécifiquement sur l'Erika, les responsables des raffineries Total dunkerquoises voulaient avant tout gagner en rentabilité. Leurs cuves, d'où est issue la cargaison de l'Erika, n'auraient pas été nettoyées souvent... sauf en 1999! D'où le coût important de cette action qui, pour être réduit, aurait pu engendrer quelques légeretés conduisant au naufrage... Alors, suivant cette logique, peut on dire que le marché peut s'autoréguler car sa "main invisible" ferait que chacun sur cette terre défendrait l'intérêt commun? Qui peut encore y croire?

medium_ILY_ERIKA.3.gif Le principe de précaution.
Nous tous apparemment, si nous ne nous révoltons pas contre le fait que le "principe de précaution" n'est que constitutionnel et qu'aucune contrainte ni aucun contrôle ne sont imposés sur les fameux "rapports de développement durable" des grandes entreprise. D'ailleurs, Total mène désormais une grande campagne de "Responsabilité Sociale et Environnementale" pour se racheter un image, et malgré un rapport de DD très joli, elle ne réalise pas tout ce qu'elle chante. Cela risque de lui coûter cher, surtout à ses salariés (d'ailleurs tout n'est pas clair non plus dans la catastrophe d'AZF), mais aussi à ses actionnaires à long terme: la précaution touche à la durabilité, au long terme, ce qui n'a pas grand chose à voir avec la rentabilité financière court-termiste (une telle pression court termiste avait fait péter les plombs aux dirigeants d'Enron, et leurs actionnaires s'en sont mordu les doigts). Le nouveau divertissement de Total dans le nucléaire prouve d'ailleurs cette schizophrénie qui est de nous faire croire en la sincérité d'une démarche de développement durable tout en laissant aux générations futures le soin de trouver comment gérer nos déchets, que l'on cache en attendant dans le sol et l'océan. Un beau paradoxe, donc: quand on tente d'être les chantres de la communication éthique, comment ne pas comprendre la nécessité de trouver un équilibre entre autant de bénéfices (12,5 milliards d'€ en 2006 dont 1/3 pour les actionnaires), et autant de sacrifices pour les citoyens et leur environnement.

medium_20ecolos.gifCe qui s'est passé avec l'Erika en 1999 se passe toujours sur nos côtes aujourd'hui, c'est inadmissible. Chacun doit prendre ses responsabilités, nous compris, pour ne pas accepter ce laisser-faire quotidien. En effet, d'après les grandes organisations environnementales, et notamment le WWF, partie civile dans le procès ►330 000 tonnes de fioul, soit l’équivalent 1.5 « Amoco Cadiz », circulent chaque jour dans le rail d’Ouessant ►700 000 T à 1 Million de Tonnes de fuel dégazées illégalement en Méditerranée chaque année, c’est l’équivalent de « 50 Erika, 20 Prestige, 4 Amoco Cadiz et demi ». Mais ce n'est encore rien comparé à ce que font les compagnies pétrolières à l'étranger.

La dérégulation des marchés: faire des profits n'importe comment
Dans le courrier international, début février, un dossier important sur les étranges investissements de la fondation Gates évoque notamment les nombreux cancers, bronchites et autres gros soucis de santé liés aux exploitations pétrolières qui brûlent le gaz d'extraction car il coûte trop cher à revendre ou traiter (les salaires des ouvriers nigérians doivent être trop élevés, assurément)... Dans ce dossier, ce n'est pas Total qui est pris en exemple mais ENI, un autre groupe pétrolier (dont la fondation Gates est actionnaire mais c'est un autre sujet).
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Alors, une entreprise comme Total et ses dirigeants doivent-ils être accusés de l'intoxication des bénévoles qui ont pris de gros risques? En fait c'est plutôt le système économique dérégulé, et la liberté que l'on a laissée à l'industriel, qui devraient être remis en cause car ils créent des comportements irresponsables. Dominique Voynet, ministre de l'environnement en 1999, a dit qu'il y avait des questions qu'elle ne pouvait pas poser à l'époque, la convention avec l'industriel émanant de Matignon. Pourquoi ne peut-on pas poser de questions?
Total veut être compétitif et donc prend des risques, c'est son rôle. Si elle n'est pas compétitive, elle sombre et licencie, ce qui est également inacceptable. Mais les règles du jeu sont inéquitables, alors régulons cela, par nous même, pour que ce groupe (et d'autres) fasse prendre moins de risques aux citoyens et à l'environnement. Comment? En faisant progresser la régulation internationale afin que l'on ne continue pas à sombrer vers le moins-disant social, en s'informant, en votant, en étant actionnaires militants qui imposent un investissement solidaire et responsable contrôlé (oui, ça existe vraiment, ça marche même de mieux en mieux*), en agissant chaque jour pour l'intérêt commun, en refusant les paradis fiscaux qui permettent de brouiller les pistes, et en n'acceptant pas n'importe quoi pour de l'argent (comme la Ligue de Bretagne de Voile l'a fait en refusant le sponsoring de Total pour nos écoles de voiles). "plutôt la mort que la souillure" (« Kentoc'h mervel eget bezañ saotred »)

Nous sommes citoyens, nous pouvons agir, nous devons réagir et nous défendre!

> Site de l'association des bénévoles de l'Erika: ABE
> Conversation entre un radio-amateur (indicatif F6AOC) et un commandant de marine marchande en retraite (indicatif non communiqué) enregistrée début Janvier 2000 sur la bande 20 mètres (14120 KHz)- (Format MP3 - 16Kbps - 418Ko)


*voir le site de PhiTrust, de Novethic

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