17.04.2009
Aquaculture durable ?
La surpêche représente un problème majeur sur la planète dont la population ne cesse d'augmenter. Une solution pourrait y répondre : l'aquaculture. Selon la qualité de l'eau rejetée, les conditions de travail des employés ou encore la quantité d'antibiotiques distribuée aux poissons, cet élevage n'est pas forcément durable. L'Agence nationale de la recherche a présenté fin 2008 le bilan d'une étude de trois ans sur les systèmes aquacoles dans le monde. Spécialiste de la gestion des ressources aquatiques au Cirad, Jérôme Lazard rappelle qu'entre les Philippines et la Bretagne, l'aquaculture la plus "durable" n'est pas forcément celle qu'on croit. Qu'est ce que l'aquaculture et depuis quand existe-t-elle ?
Vu sur ECOlife, par Jérôme Lazard - Chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad)
(Jérôme Lazard) Il s'agit de l'élevage de ressources aquatiques vivantes dans des structures variées, gérées par l'homme. On peut la comparer à l'élevage terrestre, sauf qu'il s'agit de poissons, mollusques, et autres crustacés. L'aquaculture existe depuis 2 500 ans. On en a retrouvé les premières traces en Chine, en 473 avant Jésus Christ. Déjà à cette époque, les hommes creusaient des étangs d'eau douce pour y élever des alevins de carpes. Aujourd'hui 92% des fermes aquacoles se trouvent en Asie, 2% en Amérique du Sud, 3% en Europe - surtout en Norvège - 2% en Amérique du Nord et moins d'1% en Afrique. Dans les pays asiatiques comme la Chine ou le Viêt Nam, c'est une activité traditionnelle ancestrale. Par ailleurs, leur pisciculture s'intègre dans d'autres activités agricoles nécessitant l'irrigation. Les poissons peuvent être élevés dans les rizières ou les canaux d'irrigation. C'est un peu la civilisation de l'eau douce.
L'élevage de poissons dans des fermes est-il durable?
Une aquaculture durable devra respecter le mieux possible les 4 piliers du développement durable. A savoir, être socialement équitable, être viable économiquement, avoir un impact limité sur l'environnement, et faire l'objet d'une bonne gouvernance par les institutions. Dans certaines fermes de Méditerranée par exemple, les employés dorment sur les cages pour s'occuper des poissons la nuit. Cette situation est à prendre en compte, pour mettre en place des indicateurs précis de durabilité.
Le taux de conversion de l'aliment, qui représente la quantité de nourriture utilisée par kilogramme de poisson produit, constitue un indicateur essentiel. Autre exemple d'indicateur : le coût sur l'environnement du cycle de vie d'un poisson d'élevage. Pour des truites bretonnes, par exemple, il faut prendre en compte le coût environnemental de la pêche aux anchois au Chili qui vont permettre de les nourrir, de leur transformation en farines et de leur transport en bateaux vers les ports bretons. Sans oublier le nombre de travailleurs attelés pour ce faire.
Ces indicateurs ont été élaborés après une enquête sur le terrain de trois ans, entre 2005 et 2008, par les laboratoires du Cirad, de l'IRD (Institut de recherche pour le développement), de l'INRA (Institut national de la recherche agronomique), de l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer) et de l'Université de Montpellier 1. Durant ce projet EVAD (Evaluation de la durabilité des systèmes aquacoles), les chercheurs sont allés en Bretagne, en Méditerranée, en Indonésie, aux Philippines et au Cameroun pour étudier le fonctionnement de 150 exploitations aquacoles.
Compte tenu de la diversité des acteurs en jeu dans cette étude (on ne peut comparer directement un pisciculteur breton, syndiqué, informé sur le développement durable, et un pisciculteur camerounais qui vit isolé en brousse), l'approche territoriale a constitué le pivot des investigations.
Quels sont les modes d'élevage ayant le moins d'impact sur l'environnement ?
Les pays industrialisés comme la France élèvent surtout des poissons d'eau douce et de mer carnassiers comme les truites, les bars, les dorades, dits "à chaîne alimentaire longue" en conditions intensives. L'élevage de truites en Bretagne dépend non seulement de forts débits d'eau, mais aussi d'aliments riches en farines de poissons pêchés pour l'essentiel en Amérique du Sud. Bilan : beaucoup de CO2 rejeté et une forte prédation en mer.
En théorie, il faudrait donc plutôt favoriser les poissons végétariens, dits "à chaîne alimentaire courte", élevés surtout en Asie, comme les tilapias et les carpes. Le système d'élevage joue un rôle central : ainsi les travaux menés par le projet EVAD sur l'impact environnemental d'élevages extensifs d'espèces à chaîne alimentaire courte aux Philippines ont mis en évidence un impact environnemental globalement plus défavorable que des élevages intensifs d'espèces carnassières. Il n'existe aucune norme qui empêche par exemple de mettre une tonne de poissons dans 1 mètre cube d'eau !
Peut-on dire que l'aquaculture est une activité d'avenir, qui complètera voire remplacera la pêche intensive ?
Les ressources halieutiques liées à la pêche ont atteint leur maximum, soit entre 90 et 95 millions de tonnes par an. Aujourd'hui, une quinzaine d'espèces de poissons représentent 85% de la production mondiale aquacole. Sur les 32 000 espèces de poissons existantes, quelques centaines ont déjà démontré qu'elles avaient un potentiel aquacole intéressant. L'avantage de l'aquaculture par rapport à la pêche, est qu'on peut produire du poisson de façon contrôlée, et qu'on dispose du recul dont ne disposait pas l'élevage d'animaux terrestres dans les années 50. On peut (ou en tous cas on devrait) tenir compte des excès rencontrées dans ce dernier, comme les problèmes de maladie ou d'intensification.
Pour l'instant, la France importe beaucoup plus de poissons d'élevage qu'elle n'en produit, à savoir les truites et les bars, daurades, mais il existe un réelle volonté de redresser la barre. Comme le rappelle le rapport sorti fin novembre 2008 d'Hélène Tanguy pour le Ministère de l'Ecologie et le Ministère de l'Agriculture, c'est un secteur stratégique pour répondre aux besoins alimentaires de l'UE.
11:31 Publié dans Mer - Défense de l'environnement | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note








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Commentaires
Bonjour,
J'ai bien aprécié votre article.
Moi-même, je travaille pour un élevage de tilapia en circuit fermé en Belgique (VitaFish). Nous avons une production de 4000 tonnes / an.
J'ai surtout aprécié que vous avancez le fait que l'aquaculture est aussi durable d'après le choix du poisson. C'est un élément que le grand public en général ignore. Notre tilapia est élevé avec un allimentation quasi totallement végétarienne.
Ecrit par : Denis | 19.05.2009
Aujourd'hui au sénégal ou je vis ,l'insertion des jeunes dans la roue socio-économique se pose avec acuité.Les jeunes en situation difficile ont des problèmes pour s'insérer.A nianing,une localité située sur le littoral est implanté un centre pour la réinsertion des jeunes. nous souhaitons initier des programmes pour les jeunes à travers la pisiculture .Merci
Ecrit par : nohoune leye | 05.06.2009
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